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GOUVERNANCE DES DISPOSITIFS, INFORMATION ET

EDUCATION FINANCIERE DES SALARIES. 

QUELLES PRATIQUES « RESPONSABLES » ADOPTER VIS-A-VIS DE SES EPARGNANTS SALARIES ? 

 

  De quoi s’agit-il ?

  • Pour être responsable, il faut expliquer pour ensuite responsabiliser les épargnants souvent trop passifs. La gouvernance est la première forme de respect du porteur de part. Chez Total par exemple, les conseils de surveillance occupent une place très importante (21 membres avec deux tiers de représentants de porteurs de parts, réunis 2 à 3 fois par an selon les fonds, avec une élection tous les 3 ou 4 ans, une qualité d’information transmise et une qualité de discussion assez remarquables). Les membres de Conseils de Surveillance sont formés efficacement. Le vrai sujet est de savoir comment faire pour expliquer aux porteurs de part ce qui est à leur disposition. Dans le cadre des plus grosses sociétés françaises du Groupe 100% des salariés ont des parts dans un PEE et 95% dans un PERCO. 92% des bénéficiaires de l’intéressement versent leur prime en tout ou partie sur leurs plans d’épargne. 7 fonds diversifiés dédiés couvrent toute la gamme de risque robo-advisors sont des systèmes automatisés qui permettent de gérer un portefeuille de produits financier en ligne.

 Quelle réalité en pratique  ?

  • Plusieurs constats doivent cependant alerter :

    • Ces chiffres positifs s’expliquent autant par des primes d’intéressement/participation et des niveaux d’abondement importants que par un intérêt bien compris pour l’épargne salariale et sa fiscalité privilégiée.

    • Une enquête sur une population d’environ 18.000 personnes a été menée chez Total lors de la semaine de l’épargne salariale. L’analyse des 2.500 réponses suscite réflexion : connaissance partielle des dispositifs par beaucoup. Confiance dans l’entreprise pour la gestion de leur épargne alors que la décision d’investissement et le choix des supports appartiennent au seul épargnant salarié[JS1] 

    • Hors Perco piloté, plus de 25% des montants de primes d’intéressement et de participation  sont placées en monétaire (PEE et gestion libre du PERCO). Dans certaines circonstances de marché une telle allocation peut s’expliquer et peut constituer une stratégie délibérée mais il reste que 48% des moins de 40 ans placent sur du monétaire. Dans le même esprit, 70% des moins de 40 ans placent leur prime en gestion pilotée du Perco, sur la grille prudente. L’aversion au risque est donc largement confirmée dans un pays ou l’épargne sans risque est culturellement très ancrée (livrets de caisse d’épargne à la naissance en France vs compte titres aux Etats-Unis)

 La loi PACTE va-t-elle vraiment changer la gouvernance de l’épargne d’entreprise   ?

  • La loi PACTE va désacraliser les FCPE, selon l’avis des opérateurs. Le fait d’ouvrir les dispositifs aux SICAV et autres fonds, permet un élargissement de l’univers d’investissement intéressant pour l’épargnant. Jusqu’à présent, cette diversification n’était pas possible économiquement avec des FCPE à moins de créer des fonds de fonds avec des FCPE nourriciers… mais ceci engendrait un empilement des frais. 

    • Le Conseil de Surveillance qui était au cœur de la gouvernance du FCPE pourrait donc disparaître dans les cas où les SICAV se substitueraient aux FCPE dans les nouveaux dispositifs. On regrettera toutefois que le PEE soit hors du champ de cette réforme sur les fonds. Un élargissement des fonds investissables du PEE sur le même principe de gouvernance au plan aurait permis une certaine homogénéité et une meilleure lisibilité pour l’épargnant, qui aurait retrouvé les mêmes fonds sur leurs[JS1]  PEE et PERCOL.

    • Dans les FCPE multi-entreprises partagés par des salariés de milliers de sociétés, il y avait une dilution du pouvoir et on observait finalement peu d’intérêt pour la gouvernance de ces fonds. En revanche, dans les grandes entreprises, les Conseils de Surveillance constituaient un espace de dialogue social nourri et utile. Qu’on se rassure néanmoins, en l’absence de FCPE et donc de Conseil de Surveillance, une gouvernance au niveau du plan sera nécessaire, via un Comité de Surveillance. Et ce Comité de Surveillance au niveau du plan n’exonérera pas d’avoir un conseil de surveillance au niveau de chaque FCPE. Si les dispositions législatives élargissent ainsi l’univers d’investissement le niveau de gouvernance existant sera maintenu voire amélioré mais certaines entreprises pourraient être peu pressées d’aller vers cette double couche de gouvernance

 Une épargne « durable » ? : Des solutions (qui battent en brèche quelques idées à la mode)

 Ces dernières années, la stratégie de Total a consisté à :

  • Renouer le contact en direct avec les porteurs de part et être vigilant  sur le « tout digital ».

    • ​​Présentations en amphis dans tous les sièges sociaux en France et sur le terrain (principales raffineries et sites industriel

    • Mise en œuvre systématique du « live streaming » pour toute présentation avec des questions web en direct et replay possible

    • Diffusion d’un dépliant papier que l’on conserve. L’argument « tout est sur internet » ne marche pas.  L’exemple des e-services et de la dématérialisation est révélateur. Plus personne ne regarde son relevé de comptes. Beaucoup ne s’intéressent pas au sujet (cf. nombre d’arbitrages très faibles) et font confiance à l’employeur. Certains pensent  que c’est l’entreprise qui gère leur épargne.

    • Le rôle de l’entreprise est primordial dans la responsabilisation des épargnants. Il s’agit d’expliquer les règles, de donner le « plan de métro » et d’expliquer les différents chemins pour aller jusqu’au terminus mais en aucun cas de conseiller les lignes à prendre. Il s’agit d’apprendre à se servir du plan et non de dire où aller. Si le rôle des Conseils de Surveillance est primordial pour calibrer l’offre et encadrer la société de gestion, il faut ensuite l’expliquer, en montrer la cohérence d’ensemble .

 

  • Envisager la mise en place d’une formation financière orientée épargne salariale dans le catalogue de formations en E-learning ? Pourquoi ne pas prévoir l’éligibilité de ces formations à la formation professionnelle et au CPF ? Il est paradoxal de constater que le taux d’épargne des français est l’un des plus élevés au monde mais le manque de connaissance et de confiance amène l’immense majorité des épargnants à privilégier les placements les moins risqués et donc les moins rentables dans le temps. L’épargnant préfère ne rien gagner que risquer de perdre. Or, en pratique, une majorité d’épargnants se tournent toujours vers le monétaire et l’obligataire qui avec leurs taux négatifs constituent le support le plus sûr pour perdre de l’argent jour après jour.

  • Beaucoup ont une vision extrêmement pessimiste. Ils ne retiennent que les cracks boursiers et non les multiples périodes de hausse.  La solution suppose cependant que l’environnement réglementaire soit stabilisé pouvoir être en mesure de fournir des explications durables et adéquates. Elle ne manquera pas aussi d’être confrontée à l’hétérogénéité des attentes et des connaissances des salariés. L’utilisation de modules sur plusieurs niveaux pourrait solutionner ce dernier obstacle

 

 

 Au delà des réponses déjà apportées, on pourrait aussi s’interroger sur la nécessité de :

  • Répondre au besoin de conseil qu’éprouve l’épargnant salarié  

    • Coté entreprise, la réponse est simple : OUI éventuellement à une formation de base, NON à un conseil par l’entreprise ou une aide à la décision qui pourrait être assimilée à un conseil. Attention aussi de ne pas enfermer le porteur de part dans des questionnaires qui conduisent en fonction du profil d’investisseur qui lui est restitué à modifier automatiquement son portefeuille. Il doit garder la main. L’automatisation c’est la déresponsabilisation.  Simplification et vulgarisation ; explication ; responsabilisation ; voilà le vrai défi.

    • Coté teneur de compte, on reconnaît volontiers que l’épargnant aurait besoin de conseils mais on ne pourra pas mettre un Conseiller en Gestion de Patrimoine derrière chaque épargnant. Ça ne serait pas viable économiquement. Une solution émerge toutefois : pour pouvoir fournir un conseil à une majorité d’épargnants, le recours aux robo-advisors est certainement une voie qui va se développer en standard dans toutes les offres d’Epargne Salariale. Avec des limites cependant car l’analyse ne portera probablement pas sur l’ensemble des actifs de l’épargnant mais seulement sur ceux connus en Epargne Salariale ou Retraite. Quant à la sécurité des données associées, que l’on se rassure, elles sont protégées par la réglementation RGPD et il faudra le consentement de l’épargnant pour que les informations soient utilisées par des tiers.

  • Prévoir le « service entretien » de l’épargne

    • L’épargnant salarié ne bénéficie pas du même degré d’information et de protection que les autres épargnants agissant sur les marchés financiers (MIFID II) ou dans le cadre de l’assurance-vie (DDA).

    • Si le profilage de l’investisseur à l’entrée (dans le dispositif) marque une amélioration, il est nécessaire, surtout si l’horizon d’investissement est long (ex. épargne retraite) de s’assurer que ce profilage demeure valide dans le temps. Les revenus et les patrimoines évoluent, les structures familiales, les objectifs et les contraintes de vie aussi. Une mise à jour des profils devrait donc être effectuée régulièrement (tous les 3 à 5 ans a minima pour de l’épargne retraite).

    • De plus dans un contexte de généralisation des grilles de gestion pilotées, la détermination de l’âge de départ à la retraite est un paramètre clé qui dicte l’allocation stratégique de l’épargne. Il convient donc de le fixer avec la plus grande attention et de le mettre à jour dès qu’il est susceptible de changer. Le cas de jeunes épargnants dans un dispositif retraite qui prévoiraient de débloquer leurs avoirs pour l’acquisition de la résidence principale fournit une bonne illustration de cette nécessité. De la même manière, l’âge de départ en retraite - pour une épargne visant souvent à assurer un complément de revenu – ne constituera pas l’horizon d’investissement pertinent. Cet horizon s’avérera en définitive beaucoup plus long que l’âge de départ

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