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QUEL FONDS PAR DEFAUT EN EPARGNE ENTREPRISE ?

     

Le monétaire répond à un vrai besoin pour un certain nombre de salariés et de ce fait a toute sa place dans les dispositifs d’épargne d’entreprise. Pour autant, pour un épargnant qui dispose d’un horizon de placement à moyen-terme, le monétaire n’est probablement pas la meilleure solution.

  • S’il n’est pas facile de répondre à la question du fonds par défaut, c’est justement parce que dans l’idéal, il ne devrait pas y avoir un fonds par défaut mais des fonds par défaut selon l’horizon de placement du salarié et sa tolérance au risque.

  • Une chose est sûre : le placement par défaut doit être peu risqué. La subtilité tient cependant au fait que le risque ne doive pas nécessairement se concevoir comme la perte en capital à court-terme mais la perte de pouvoir d’achat à moyen-terme.

  • Il est donc primordial de présenter des produits dont la gestion du risque fait clairement partie des objectifs. Les objectifs doivent être exprimés à la fois en termes de rendement espéré et de perte maximale tolérée sur l’horizon d’investissement recommandé.

  • Il faudrait définir des choix d’investissement non pas par rapport à des allocations mais à des niveaux de risque facilement repérables par le salarié (par ex. avoir neuf chances sur dix de ne pas perdre plus de 4%). Les fonds devraient annoncer un objectif de rendement cible sur un horizon donné. De son coté, le salarié ne doit pas interpréter l’objectif comme un rendement positif obtenu chaque année mais un rendement visé sur l’horizon d’investissement recommandé.

 

 

 

    Fonds diversifiés, flexibles, garantis, de gestion « alternative » ?

  • Toutes ces stratégies ont en commun : des objectifs de performance absolue, de gestion du risque et de moindre de dépendance à l’évolution des marchés. Mais cela a un prix : une plus grande dépendance vis-à-vis des techniques de gestion et du savoir-faire du gérant. On reporte donc une partie du risque sur la sélection du « bon » gérant.

  • Il convient de distinguer deux grandes familles de fonds :

    • Les produits sans garantie qui offrent des objectifs de rendements cibles supérieurs à l’inflation (ie. monétaire +1%) sur un horizon d’investissement moyen terme (1 à 2 ans par exemple) avec un risque de perte en capital historiquement faible. On y trouve:

      • L’approche « total return » : le principe est de profiter de la hausse des marchés en gérant le risque de perte par une diversification accrue, des stop-loss et des couvertures systématiques en cas de fortes tensions sur les marchés.

      • La « Gestion alternative » dite « décorrélée » de la performance des marchés financiers : le moteur de performance est une poche d’arbitrage (par exemple des fonds long & short sur les actions). Ces stratégies sont moins sensibles à l’évolution des marchés que l’approche total return, mais en cas de risques extrêmes, ces gestions alternatives peuvent être négativement affectées.

 

  • Les produits avec garantie. Ils sont structurés pour offrir une garantie de capital. En général on achète une obligation « sans risque » (OAT par exemple) et on utilise les coupons futurs pour acheter des instruments optionnels notamment qui permettront de profiter de la hausse d’un actif ou marché financier.  En combinant l’obligation et la participation au profit en cas de hausse de l’actif ou du marché financier de référence, on obtient un produit avec garantie de capital et un rendement positif si le sous-jacent de l’option d’achat progresse.  Le problème tient au fait qu’actuellement le taux des obligations d’Etat supposées sans risque est négatif.  Avec les coupons négatifs on ne peut donc pas acheter d’instruments optionnels qui permettent de profiter de la hausse éventuelle des marchés. Il faut alors investir sur une obligation privée de bonne qualité (par exemple, une banque de rating A) pour obtenir à 5 ans un rendement de l’ordre de 0.50% qui permette d’acheter des options pour profiter d’une hausse éventuelle.

  • En définitive, quelle que soit la solution envisagée, il existe un risque de performance négative : défaut de paiement de l’émetteur de l’obligation dans le cas du produit garanti ou déception sur la performance dans le cas de solutions sans protection de capital.

  • Prudence donc sur ces stratégies de gestion « alternative », car il y a forcément un « déplacement » du risque vers d’autres facteurs. Il ne s’agit pas d’aller investir sur des produits peu liquides qui donnent l’illusion d’être peu sensibles aux fluctuations de marché. Certains risques sont acceptables (et souhaitables), d’autres indésirables

    • Les indésirables : les « risques extrêmes» se caractérisent par une accélération des pertes dans un scénario défavorable. Ces risques sont clairement non souhaitables.

    • Les acceptables : le risque sur la technique de gestion et/ou le savoir-faire du gérant. Ce risque ne peut être acceptable qu’au terme d’une étude approfondie de la stratégie visant à sélectionner des gestions qui ont une bonne maitrise de la gestion du risque et qui sont suffisamment flexibles pour pouvoir protéger le portefeuille en cas de forte turbulence.

 

 

 

 

    Fonds par défaut. Quelques autres pistes de réflexion ?

 

  • Plus traditionnels, mais néanmoins efficaces sur la durée, les fonds diversifiés ou flexibles de profil prudent (présentant typiquement une exposition action de l’ordre d’un quart à un tiers du portefeuille) constituent une alternative simple. Ne pas perdre les salariés par excès de sophistication demeure un impératif. En retenant des solutions financières complexes, on prend le risque de ne toucher qu’une petite fraction des salariés.

  • La grille de gestion pilotée par défaut, à l’image de ce qui se fait dans le PERCO, constitue aussi une alternative simple incorporant une diversification importante et une désensibilisation automatique. De telles grilles peuvent intégrer des fonds diversifiés (actions, obligations…) même relativement complexes (gestions alternatives,…) sans nécessiter que le salarié en maitrise tous les détails. Ce dernier n’ayant qu’à déterminer son horizon d’investissement. Cette solution reconnaît de fait qu’il est préférable de proposer non pas un fonds par défaut dans le dispositif d’épargne mais plutôt des allocations automatiques dans différents fonds (définies par la grille pilotée) selon l’horizon d’investissement retenu. Enfin, le salarié multiplie alors ses points d’entrée (ie ventilation dans les différents fonds de la grille à chaque versement) et bénéficie d’une désensibilisation progressive, minimisant le risque de fixing (ie le fait d’investir une grande partie de son épargne à un moment bien précis et sur un seul niveau de marché donné).

  • Ces solutions traditionnelles ne sont pas plus chères et les frais de gestion se situent généralement entre ceux d’un fonds obligataire et d’un fonds actions pour les fonds diversifiés et flexibles.

  • Pour les entreprises qui ne souhaitent pas remettre en cause le monétaire comme fonds par défaut, mais qui ne se résignent pas pour autant à laisser les salariés surinvestir le monétaire par méconnaissance, la solution peut consister à proposer une gamme limitée de fonds, avec des alternatives simples comme des fonds diversifiés faciles à appréhender. Il s’agit de sensibiliser le salarié, éclairer son choix, même si le fonds par défaut demeure monétaire. Certaines entreprises mêlant dans leurs gammes des fonds multi-entreprises et des fonds dédiés pourront par exemple mettre en avant un fonds diversifié dédié aux couleurs de l’entreprise qui constituera une alternative intéressante et sécurisante par rapport au monétaire dans une optique de moyen terme. Ces fonds diversifiés, sans être les fonds par défaut, malgré un risque mesuré devront alors être clairement identifiables et sélectionnés en connaissance de cause par le salarié.